L’homme et l’univers se correspondent mutuellement est un adage courant en médecine chinoise. Cela signifie que, pour rester en bonne santé, il est théoriquement indispensable d’être parfaitement ajusté aux climats, aux saisons et, d’une façon générale, à toutes les influences du monde extérieur. Les modifications de l’environnement naturel auxquelles on ne peut s’adapter deviennent des énergies pathogènes, telles que vent, froid, chaleur, humidité, sécheresse et canicule. Les cycles et les transformations du yin ~ yang et des cinq mouvements dans le macrocosme correspondent avec la circulation du souffle (氣 qì) et avec l’activité des organes dans le corps humain.
Si l’homme et la nature communiquent, il est évident qu’il s’agit d’une relation à double sens. Ainsi, l’espèce humaine peut non seulement s’adapter aux conditions naturelles, mais également intervenir activement sur celles-ci.
Médecine et écologie sont deux émanations d’une même philosophie qui amène l’être humain à protéger, par les mêmes attitudes, sa santé et son environnement.

Couché dans sa maison, écoutant le frémissement des bambous
Zhèng Xiè
On croit entendre les plaintes du peuple.
Tout petit fonctionnaire que je suis
Me concernent des sujets aussi menus que des feuilles.
La tradition chinoise établit, à partir de certaines caractéristiques communes, des correspondances entre des plantes, des animaux ou des évènements naturels et des qualités humaines. Le bambou est une plante dynamique et puissante qui s’élance droit vers le ciel ; toujours verte, même en hiver, elle plie sans jamais rompre. C’est ce qui en fait un symbole de l’élégance et de l’intégrité. En outre, sa chaume lignifiée est creuse entre les nœuds. Ce vide intérieur fait écho aux démarches méditatives des bouddhistes et des taoïstes. C’est pour toutes ces raisons qu’elle est si souvent représentée dans la peinture savante chinoise. Zhèng Xiè était également sensible au chuchotement que les bambous laissent échapper lorsqu’ils tremblent sous le vent.
Peindre des bambous, c’est donc s’engager dans un exercice spirituel d’empathie avec le monde ; en admirer le résultat, c’est contempler l’humanité dans ce qu’elle pourrait avoir de meilleur.
- Précis de médecine chinoise – Eric Marié
- La peinture chinoise des lettrés ou comment célébrer l’harmonie de l’homme avec la nature – Michel Forestier
- Le flot de la poésie continuera de couler – J.M.G. Le Clézio
- Luo Ping: 18th-Century Visionary Painter and Poet – Barry Russell in Dailyart magazine
- Eccentric Visions: The Worlds of Luo Ping (1733-1799) -Eloge de l’Art par Alain Truong
- Trois mille ans de peinture chinoise – Yang Xin, Richard M. Barnhart, Nie Chongzheng, James Cahill, Lang Shaoj

Laisser un commentaire