Le caractère 緣 yuán, simplifié en 缘, renvoie à la notion de destin ou de liens prédestinés entre les personnes, souvent perçue comme une forme d’affinité ou de cause karmique. Il est fréquemment employé dans les discussions portant sur les relations, le destin et les raisons d’événements ou de rencontres particulières.

Sous l’influence du bouddhisme, traduisant le sanskrit hetu-pratyaya (causes et conditions), 緣 yuán désigne le fil qui relie les choses et les gens est devenu la métaphore du lien karmique ou de l’affinité invisible qui unit les êtres (緣分 yuán fèn) . C’est ce sens que reprend en japonais le kanji 縁 (prononcé en, eh-nish-ee ou foo-chee) qui signifie connexion, destin, affinité ou bord, frontière.
Le caractère 緣 yuán est un idéophonogramme, il se décompose en 纟et 彖. Le radical de gauche 纟sī ou 糸 représente la soie, les fils ou les textiles. Il indique que le sens originel du mot est rattaché à l’univers de la corderie, de la couture ou du tissage. L’élément de droite, 彖 tuàn, sert de phonétique. À l’origine, tuàn évoquait la découpe ou la forme d’un animal, en l’occurrence un porc.
Selon le Shuowen, le sens premier de 緣 est l’ourlet, la bordure ou la parmenture d’un vêtement (en chinois classique 衣純 yī chún) : c’est le ruban ou le liseré de tissu cousu le long du bord d’un habit pour le border. À partir de ce sens concret d’ourlet ou de bordure, le caractère a subi plusieurs extensions sémantiques au fil des siècles. Il peut désigner le bord de n’importe quel objet (邊緣 biān yuán, la bordure ou la marge).
Le fait de longer une bordure a donné le verbe longer, suivre un tracé (緣溪 yuán xī, longer un ruisseau) ou grimper, se hisser le long de (緣木求魚 yuán mù qiú yú, grimper à un arbre pour attraper un poisson).
Par emprunt phonétique ou glissement, il s’est lié à la notion de fil conducteur ou de motif : en raison de, parce que.
Le lien invisible qui relie les êtres, les rencontres et les chemins de vie.
En japonais, 縁 en évoque les liens, les relations et les circonstances qui nous mettent en contact les uns avec les autres. Ces rencontres qui semblent parfois arriver par hasard et qui finissent par transformer quelque chose en nous ; une personne croisée au détour d’un voyage ; une conversation inattendue ; un regard échangé ; une amitié qui naît sans qu’on l’ait cherchée ; une rencontre qui change silencieusement le cours de notre existence.
En, c’est cette idée que nos vies ne se construisent jamais complètement seules. Nous avançons à travers une multitude de liens. Certains nous accompagnent pendant des années. D’autres ne durent que quelques instants. Mais leur brièveté ne dit rien de leur importance. Une seule rencontre peut parfois nous ouvrir une porte que nous n’aurions jamais imaginé franchir.
En ne signifie pas nécessairement que tout était écrit à l’avance. Il nous invite plutôt à reconnaître la valeur de ces croisements, de ces circonstances et de ces relations qui participent à ce que nous devenons. Car nous sommes aussi faits des personnes que nous avons rencontrées. De celles qui nous ont aimés. De celles qui nous ont enseigné quelque chose. De celles qui nous ont aidés à nous découvrir.
En, c’est cette beauté mystérieuse des chemins qui se croisent et cette idée que certaines rencontres, même éphémères, peuvent laisser en nous une trace pour toute une vie.

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