Il y a dans toute certitude quelque chose d’incommunicable ; nul ne peut atteindre réellement une connaissance quelconque autrement que par un effort strictement personnel, et tout ce qu’un autre peut faire, c’est de donner l’occasion et d’indiquer les moyens d’y parvenir. C’est pourquoi il serait vain de prétendre, dans l’ordre purement intellectuel, imposer une conviction quelconque la meilleure argumentation ne saurait, à cet égard, tenir lieu de la connaissance directe et effective.
René Guénon in La métaphysique orientale
Né à Blois en novembre 1886, René Guénon s’installe à Paris en 1904, afin de préparer les concours aux grandes écoles en mathématiques spéciales. Parallèlement, il s’intéresse aux mouvements occultistes de toutes sortes qui fleurissent à cette époque dans la capitale. L’année de son mariage, en 1912, il est reçu en maçonnerie à la Grande Loge de France, puis, en islam, est initié au soufisme et prend le nom d’Abdel Wahid Yahia, «le Serviteur de l’Unique». Titulaire en 1916 d’un diplôme d’études supérieures de philosophie consacré à Leibniz et au calcul infinitésimal, il fréquente Jacques Maritain et les milieux thomistes.

Shiva dansant (Nataraja), VIe et VIIIe siècles, dynasties Kalachuri ou Rashtrakuta, Ellorâ. Guénon déclare dans l’Introduction aux doctrines hindoues que la tradition hindoue est celle qui est la plus proche de la Tradition primordiale. Il considère le Shivaïsme comme plus élevé que le Vishnouisme car il conduit plus directement à la réalisation métaphysique pure
. À un niveau superficiel, Shiva est le destructeur, mais à un niveau plus élevé, il est le transformateur, celui qui permet d’aller au-delà de la forme : il détruit la manifestation pour atteindre la non-manifestation. Son troisième œil réduit tout en cendres et rend le sens de l’éternité, c’est-à-dire permet d’atteindre le non-temps, première étape sur le chemin spirituel.
Il voua alors sa vie à la seule quête de la Connaissance ou Somme métaphysique traditionnelle, dénonce les errements des religions occultistes, collabore à de nombreuses publications consacrée à la Science cachée, particulièrement, dès 1925, à la revue Le Voile d’Isis, qui devient bientôt Études traditionnelles. En 1928, à la mort de sa femme, il quitte Paris, puis l’Europe, pour s’installer définitivement en terre d’Islam. Il vit au Caire à partir de 1930, épouse la fille d’un cheikh en 1934. Il s’attelle à la dénonciation systématique de la rupture opérée par le monde occidental depuis la fin du Moyen Âge avec l’inspiration spirituelle qui doit commander à l’organisation religieuse et sociale : il publie Orient et Occident, qui fixe les conditions de la reconstitution d’une véritable élite (1924), puis La crise du monde moderne, Le roi du monde (1927) et Autorité spirituelle et pouvoir temporel. Il meurt le 7 janvier 1951. Il est l’auteur de vingt-six ouvrages et de trois cent cinquante articles qui formeront la matière de dix volumes.
La métaphysique orientale est la transcription d’une conférence que René Guénon donna à la Sorbonne le 17 décembre 1925. Il est important de préciser que la métaphysique pure étant par essence en dehors et au delà de toutes les formes et de toutes les contingences, n’est ni « orientale » ni « occidentale », mais elle est « universelle ». L’adjectif « orientale » ne représente que les formes extérieures de la métaphysique dont elle est revêtue pour les nécessités d’une exposition, pour en exprimer ce qui est exprimable, ce sont ces formes qui peuvent être soit orientales, soit occidentales, mais sous leur diversité, c’est un fond identique qui se retrouve partout et toujours, partout du moins où il y a de la métaphysique vraie, et cela pour la simple raison que la vérité est « une ». S’il en est ainsi, pourquoi parler plus spécialement de métaphysique orientale ? C’est que, dans les conditions intellectuelles où se trouve actuellement le monde occidental, la métaphysique y est chose oubliée, ignorée en général, perdue à peu près entièrement, tandis que en Orient, elle est toujours l’objet d’une connaissance effective. Si l’on veut savoir ce qu’est la métaphysique, c’est donc à l’Orient qu’il faut s’adresser, et même si l’on veut retrouver quelque chose des anciennes traditions métaphysiques qui ont pu exister en Occident, dans un Occident qui, à bien des égards, était alors singulièrement plus proche de l’Orient qu’il ne l’est aujourd’hui, c’est surtout à l’aide des doctrines orientales et par comparaison avec celles-ci que l’on pourra y parvenir, parce que ces doctrines sont les seules qui, dans ce domaine métaphysique, puissent encore être étudiées directement.
- René Guénon, de l’ésotérisme à l’islam soufi – Jeune Afrique
- René Guénon – Gallimard
- René Guénon, La métaphysique orientale – Les Classiques des sciences sociales UQAC
- La métaphysique orientale, René Guénon – Les éditions Ethos
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