Images anatomiques de la Chine de Song

Toni-shō de Kajiwara Shōzen

La dynastie Song

La dynastie Song a régné de 960 à 1279. Elle est divisée en deux périodes distinctes. La première, appelée Song du Nord, couvre la période de 960 à 1127, durant laquelle le centre de l’empire chinois était situé dans le nord-est du pays. Les empereurs Song étaient souvent en conflit avec leurs voisins d’Asie intérieure et finirent par perdre le contrôle de la partie septentrionale de l’empire. Ils se replièrent alors vers le sud, marquant le début de la période dite Song du Sud (1127–1279).

La Chine des Song du Nord a connu une croissance démographique exponentielle et une expansion territoriale depuis ses terres traditionnelles du nord vers de nouveaux territoires au sud. Ces changements démographiques ont entraîné des transformations socio-économiques majeures, comme l’urbanisation, le développement de marchés ruraux, et l’émergence du commerce interrégional et à longue distance. Ils ont également stimulé des innovations culturelles dans les domaines de la philosophie, de la science et de la technologie.

En partie en raison d’une vague sans précédent d’épidémies qui avait frappé l’empire Song au début de son règne, les empereurs de la dynastie Song du Nord portaient un intérêt particulier à la médecine. Ils ont personnellement supervisé la collecte, la standardisation et l’impression d’ouvrages médicaux, et ont également fondé des écoles de médecine impériales. C’est dans ce contexte de vive curiosité pour la médecine que la cour impériale ordonna au célèbre médecin Yang Jie (楊介 1060-1130) d’assister à une exécution publique à grande échelle d’un groupe de rebelles. Yang Jie, accompagné d’un artiste, avait pour mission d’observer la dissection des corps des condamnés et de réaliser des dessins in situ — ou illustrations anatomiques — de leurs viscères.

Les dessins de Yang Jie ont servi de base aux Cartes pour préserver l’authenticité (存真圖 cún zhēn tú), un ouvrage fondamental sur les viscères en médecine chinoise et en entretien de la vie (養生 yǎng shēng). Le Cunzhen tu se distingue par son originalité : avant comme après la dynastie Song du Nord, la Chine a en effet manifesté peu d’intérêt pour la dissection. Même à l’échelle mondiale, le Cunzhen tu figure parmi les premières illustrations anatomiques des viscères humains.

Les cartes pour préserver l’authenticité

L’histoire du Cunzhen tu est étroitement liée aux traditions taoïstes de culture du corps. Ses illustrations s’inspirent d’une série d’images taoïstes préexistantes des viscères, et, au cours des siècles suivants, l’ouvrage a été utilisé et diffusé dans le cadre de pratiques méditatives, alchimiques et de longévité. Malgré ces liens étroits avec le taoïsme, il est clair que le Cunzhen tu a d’abord été composé par et pour des médecins.

Le Cunzhen tu appartient à un genre particulier d’images, appelé 圖 tú. Les tu sont des illustrations techniques apparues dans le contexte des innovations scientifiques et technologiques des Song. Elles se caractérisent par une combinaison intrinsèque d’images et de textes, et visent à transmettre un savoir pratique et technique difficile à expliquer par le seul biais du texte. Ainsi, le Cunzhen tu ne se contente pas de représenter des connaissances existantes, tirées des classiques, mais communique également de nouvelles connaissances empiriques, issues des observations in situ de Yang Jie lors des dissections des criminels.

Les 圖 tú s’inscrivent dans une tradition taoïste de représentations symboliques tels que les hexagrammes du Classique des Mutations (易經 yì jīng) ou les cartes des immortels (仙圖 xiān tú). Les tú médicaux des Song rappellent les illustrations alchimiques des Cartes de la nature et de la vie (性命圖 xìng mìng tú ), où le corps est représenté comme un laboratoire spirituel.

Une analyse de la composante textuelle du Cunzhen tu révèle que ces nouvelles connaissances ont été mobilisées pour éclaircir les controverses contemporaines concernant la position et la forme des viscères, ainsi que les voies et mécanismes par lesquels ceux-ci communiquent entre eux. Autrement dit, le Cunzhen tu ne cherche pas à expliquer la digestion comme un processus de transformation des aliments en fluides digestifs et vitaux. Il se concentre plutôt sur les structures qui contiennent et guident ces fluides : les connecteurs, tubes, bouches, portes et membranes qui permettent la communication entre les viscères et régulent la circulation, la rétention et l’expulsion des fluides et des excréments. En somme, le Cunzhen tu décrit et discute un corps structurel plutôt qu’un corps fluide.

Les connecteurs (連接 lián jiē) correspondent aux méridiens (經絡 jīng luò) du Classique interne de l’empereur Jaune (黄帝内经 黄帝内经 Huángdì nèijīng), mais aussi aux orifices (竅 qiào) des canaux alchimiques décrits dans les Déclarations authentiques (真誥 zhēn gào), un texte taoïste des Six Dynasties. Le Cunzhen tu semble se concentrer sur les structures matérielles (tubes, membranes), alors que le taoïsme privilégie souvent les flux immatériels souffles (氣 qì), esprit (神 shén). Certains médecins taoïstes comme Sun Simiao (孫思邈, VIIe siècle) rejetaient la dissection, préférant la méditation, l’observation intérieure (內觀 nèi guān) pour voir les organes.

Bien que l’original du Cunzhen tu, créé par Yang Jie, ait été perdu, ses images ont été préservées et diffusées grâce à des copies et des extraits dans des traités médicaux chinois ultérieurs. Il n’est pas exagéré de dire que le Cunzhen tu a influencé presque toutes les représentations prémodernes des viscères en Asie de l’Est. Son influence a même dépassé les frontières de la Chine : deux des plus anciennes reproductions existantes du Cunzhen tu se trouvent dans un ouvrage persan et un ouvrage japonais.

Preserver l’authenticité (存真 cun zhen) renvoie au concept de retour à l’origine (返本 fǎn běn) du Tchouang-tseu (莊子 zhuāngzǐ), où l’on cherche à retrouver l’état pur du souffle (氣 qì) avant la corruption par les désirs. Preserver l’authenticité évoque aussi l’alchimie interne (內丹 nèi dān), où le but est de conserver les trois trésors (三寶 sān bǎo) : l’essence (精 jīng), le souffle (氣 qì) , l’esprit (神 shén).

Par son sujet et son impact, le Cun zhen tu peut être comparé au De humani corporis fabrica (1543) de Vésale.

Les plus anciennes copies existantes du Cunzhen tu

Prescriptions pour la paix universelle

Le Man’ampō (万安方) est un ouvrage médical japonais médiéval composé entre 1315 et 1325 par le moine bouddhiste et médecin Kajiwara Shōzen (梶原性全, 1266–1337).

La méthodologie grandiose de Zhang Zhongjing pour les décoctions de Yi Yin

Le Yi Yin Tangye Zhongjing Guang Wei Dafa (伊尹湯液仲景広為大法) a été rédigé par l’érudit des Song du Nord Wang Haogu (王好古 1200–1264).


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