Étymologie et signification

Le caractère 氣 qì, simplifiéb en 气, est un pictogramme (象形字 xiàng xíng zì), l’une des formes les plus anciennes de l’écriture chinoise. À l’origine, il représentait la vapeur ou le souffle s’élevant dans l’air, symbolisé par trois traits horizontaux (comme des nuages ou des ondes).
Dans l’écriture sur os et carapace de tortue (甲骨文 jiǎ gǔ wén, 1200 AEC), 氣 était dessiné comme une colonne de vapeur ou un nuage. Dans l’écriture sur bronze (金文 jīn wén), il a pris une forme plus stylisée, proche de celle utilisée aujourd’hui.
Les trois traits horizontaux peuvent symboliser : le ciel (天 tiān), l’homme (人 rén) et la terre (地 dì). Cela reflète l’idée que le qì est un souffle qui unit ces trois plans (ciel, humain, terre).
道生一,一生二,二生三,三生萬物。
道德經
萬物負陰而抱陽,衝氣以為和。
Dans le Livre de la voie et de la vertu (道德經 dào dé jīng) le souffle (氣 qì ) est décrit comme la force fondamentale qui anime toute chose (萬物 wàn wù).
La voie (道 dào) engendre (生 shēng) l’un (一 yī), l’un engendre le deux (二 èr soit le yin ~ yang), le deux engendre le trois (三 sān soit le ciel, la terre et l’homme), et le trois engendre les dix mille êtres (萬物 wàn wù), tous portés par le souffle (氣 qì ).
Le qì est donc l’essence de la vie (生 shēng) et le lien entre le corps (體 tī) et l’univers (天地 tiān dì).
Le qì est au cœur de la médecine traditionnelle chinoise. Un déséquilibre du qì peut causer des maladies, tandis qu’un qì harmonieux assure la santé. Les méridiens (经络 jīng luò) sont les canaux par lesquels le qì circule.
Dans la langue courante, le caractère 氣 qì prend le sens de gaz, air, souffle, odeur, vigueur, énergie, colère, irriter.

功 gōng est un caractère composé (會意字 huì yì zì), combinant deux éléments 工 et 力.
工 gōng représentant un travailleur ou un artisan, symbolisant le travail manuel ou la compétence technique. À l’origine, 工 représentait un outil ou une hache, utilisé pour façonner ou construire.
力 lì, c’est la force physique ou l’énergie. Ce caractère montre un bras musclé (力), symbolisant la puissance. Dans l’écriture sur bronze, 功 était déjà utilisé pour désigner un travail accompli avec force et habileté.
La combinaison du travail, 工 gōng, et de la force, 力 lì, illustre l’idée que la maîtrise, 功 gōng, naît de l’effort physique et mental.
Le caractère 功 gōng signifie mérite, exploit, effet, services, travail, effort, habilité, maîtrise, compétence, mérites. On le retrouve par exemple dans les expressions : 功夫 gōng fu qui prend le sens de temps, d’art, d’habileté, de travail, d’art martial ; 成功 chéng gōng pour réussir »).
Gōng, c’est consacré du temps et du travail à une chose jusqu’à acquérir une compétence, puis une maîtrise, une expertise.
Dans 氣功, 功 gōng renvoie à l’effort conscient pour cultiver le 氣功 qì.
Dans la philosophie confucéenne, 功 gōng est associé à la vertu (德 dé) et à l’accomplissement moral (功德 gōng dé). Par exemple, 修功 xiū gōng signifie cultiver sa vertu par le travail sur soi.
Dans les arts martiaux chinois, 功 gōng désigne la maîtrise technique acquise par la pratique assidue. On retrouve cette signification dans l’expression 功夫 gōng fū.
Dans le contexte du qi gong, 功 souligne que la pratique est un travail sur soi pour cultiver, raffiner le qì (煉氣 liàn qì) ; améliorer la santé (保健 bǎo jiàn), cultiver son corps et nourrir sa nature (修身养性 xiū shēn yǎng xìng), atteindre un état de plénitude.
氣功 qì gōng est donc littéralement travailler, connaître et expérimenter le souffle. C’est une pratique active (功 gōng) pour harmoniser et renforcer le souffle vital (氣 qì) dans le corps et l’esprit, en accord avec les principes taoïstes de l’équilibre yin ~ yang et de l’unité avec la voie (道 dào).
Abrégé d’histoire
Dans les années 50 le gouvernement chinois a regroupé différentes pratiques sous le terme qi gong. Elles trouvent leurs racines dans les pratiques taoïstes, les exercices de respiration, de méditation et de mouvement développés en Chine il y a plus de 4 000 ans.
- Sous la dynastie Han (206 AEC – 220 EC.), elles s’intègrent à la médecine traditionnelle chinoise avec des techniques d’étirements et de respirations (導引 dǎo yǐn).
- Sous la dynastie Tang (618–907), c’est l’apogée du taoïsme et du bouddhisme Chan, qui enrichissent ces pratiques de méthodes de méditation et de circulation du souffle (氣 qì).
- Sous la dynastie Song (960–1279) apparaissent des écoles spécifiques, comme des pratiques médicales liées à l’acupuncture ou des pratiques intégrées aux arts martiaux.
- Au XXe siècle, le terme qi gong est officiellement adopté en 1950 pour regrouper ces pratiques. Le gouvernement chinois standardise alors certaines formes pour des applications thérapeutiques ou sportives. Le qi gong se diffuse en Occident comme une pratique de santé holistique, combinant mouvement, respiration et méditation. Aujourd’hui, il est reconnu pour ses bienfaits sur le stress, la posture et la circulation énergétique.
Le qi gong est à la fois un art énergétique, une méthode de prévention santé et une voie spirituelle, toujours ancré dans la philosophie taoïste.
Typologie
Selon l’origine
道家氣功 dào jiā qì gōng
Issu des pratiques taoïstes, axé sur l’harmonie avec la voie (道 dào) et la nature (自然 zì rán), les dào jiā qì gōng travaillent sur la circulation des souffles (氣 qì) et sur les centres énergétiques (丹田 dān tián) ; ils peuvent user de visualisations, de sons et de postures statiques ou dynamiques.
Exemples : le qi gong des huit pièces de brocart (八段錦 bā duàn jǐn), le qi gong de la grue blanche (白鶴氣功 bái hè qì gōng), se tenir droit comme un poteau (站樁 zhàn zhuāng) parfois traduit en posture de l’arbre.
佛家氣功 fó jiā qì gōng
Intégrés aux pratiques bouddhistes (佛家 fó jiā), notamment du Chan (禅 chán ), les fó jiā qì gōng mettent le focus sur la méditation en mouvement et la purification de l’esprit. Ils usent de techniques de respiration profonde et de concentration mentale.
Exemples : le qi gong du Bouddha de médecine (藥師佛氣功 yào shī fó qì gōng), Yi Jin Jing le classique du changement des tendons (易筋經 yì jīn jīng).
儒家氣功 rú jiā qì gōng
Moins répandu, lié à la philosophie confucéenne (儒家 rú jiā) de cultivation morale et intellectuelle (修身 xiū shēn), le rú jiā qì gōng est une pratique discrète, souvent associée à des rituels ou des exercices de calligraphie et de méditation assise.
武術氣功 wǔ shù qì gōng
Développé dans les arts martiaux internes (內家拳 nèi jiā quán) comme le taiji quan, le xing yi quan ou le baguazhang, les wǔ shù qì gōng renforcent la puissance interne (內勁 nèi jìn) et la sensibilité au qì.
Exemples : le travail interne (內功 nèi gōng) du taiji quan, le jeu des cinq animaux (五禽戲 wǔ qín xì).
醫療氣功 yī liáo qì gōng
Intégré à la médecine traditionnelle chinoise, le yī liáo qì gōng est utilisé pour prévenir ou soigner des maladies. Ce type de qi gong est souvent associé à des exercices visant à renforcer le qì, nourrir les organes internes et prolonger la vie, en accord avec les principes de la MTC et des pratiques taoïstes de nourrir la vie (養生 yǎng shēng).
Exemples : le qi gong des six sons thérapeutiques (六紫決 liù zǐ jué), le qi gong pour la longévité (長壽氣功 cháng shòu qì gōng.
Selon les usages
保健氣功 bǎo jiàn qì gōng
Les qi gong de santé ont pour objectif la prévention et le maintien de la santé (保健 bǎo jiàn ).
Exemples : le qi gong des huit pièces de brocart (八段錦 bā duàn jǐn) qui renforce les organes internes ; le jeu des cinq animaux (五禽戲 wǔ qín xì) améliore la souplesse et l’équilibre ; les six sons thérapeutiques (六紫決 liù zǐ jué) purifie les poumons, le foie, etc.
治療氣功 zhì liáo qì gōng
Les qi gong thérapeutiques ont pour objectif de soigner (治疗 zhì liáo) des pathologies spécifiques : douleurs chroniques, hypertension, etc. Les pratiquants sont souvent encadrés par un praticien de MTC.
Exemples : les qi gong pour le diabète qui visent à réguler la glycémie ; pour l’arthrite qui mobilise des articulations, …
修練氣功 xiū liàn qì gōng
L’objectif est ici l’éveil spirituel et le développement personnel (修練 xiū liàn). Ces qi gong concernent les pratiquants avancés, souvent dans un cadre taoïste ou bouddhiste.
Exemples : les qi qong alchimiques (內丹術 nèi dān shù) qui oeuvrent sur la transformation du souffle en énergie spirituelle ; les méditations taoïstes telle que la petite circulation céleste (小周天 xiǎo zhōu tiān), …
武術氣功 wǔ shù qì gōng
Les pratiquants d’arts martiaux internes utilisent ces qi gong qui relèvent en général du travail interne pour améliorer les performances martiales (puissance, équilibre, sensibilité).
Exemples : se tenir droit comme un poteau (站樁 zhàn zhuāng) pour renforcer stabilité et racine, … ; entraînement à la force interne cultivée (勁 jìn) ; …
體育氣功 tǐ yù qì gōng
Objectif : Concerne les sportifs ou personnes qui cherchent une activité douce pour optimiser leur condition physique (souplesse, endurance).
Exemples : les qi qong dynamiques ; avec accessoires (baton, balle, etc.).
- 道德經注釋 – 第四十二章損之而益 – Chinese Text Project
- Hôpital de réadaptation de la province du Hebei

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