ne sont pas si éloignés que cela …
Si peu éloignés que l’un des plus beaux titres de poésie est celui d’Eluard: « L’amour la solitude Ils ne sont même pas séparés par une virgule. C’est très juste car l’amour la solitude sont comme les deux yeux d’un même visage. Ce n’est pas séparé, et ce n’est pas séparable.
Mais moi je vous dis cela aujourd’hui, à quarante-cinq ans … Il m’a fallu beaucoup d’années, beaucoup de temps, pour que j’arrive à entendre un peu de ces choses-là. C’est venu petit à petit, par des occasions, par des hasards, par des rencontres. Curieusement, ce sont quelques personnes, quelques rencontres, qui m’ont donné la solitude. C’est un don qui m’a été fait comme le reste d’ailleurs … Ce n’est pas à moi, c’est quel que chose que l’on m’a donné.
Comment peut-on faire don de la solitude?
Je crois qu’on vous donne cela en vous aimant. Mais en vous aimant pleinement, sans raison, de façon sans doute insensée … Si l’on reçoit ne serait-ce qu’une parcelle, un rien, un fragment d’un amour de ce genre-là, après, c’est tout ouvert devant vous … Et même si ce qui vous a été donné disparaît, ça reste ouvert ! C’est le plus grand bien-être physique, mental et spirituel. Je me refuse à séparer ces domaines-là. Même si le langage m’amène à les formuler en trois fois, en trois mots différents, même si pour réfléchir, pour écrire, pour parler entre nous — ou parler de façon générale — je suis obligé de passer par un mot et ensuite l’autre, je sais que tous ces états en nous ne sont pas séparables. La chair, l’esprit, l’âme, le cœur … qu’on les appelle comme on veut — c’est important d’ailleurs de les appeler, c’est important aussi qu’ils aient chacun leur nom — ne sont en réalité pas séparables. Et toutes ces choses-là sont irradiées par un regard, quand ce regard est vraiment juste, vraiment tout de bienveillance, aimant. À partir de là, c’est une liberté, une respiration inimaginable ! Après vous pouvez vous perdre, ça n’a plus d’importance. Après vous pouvez vous ennuyer, ça n’a plus d’importance. Après on peut même connaître la mauvaise solitude à certains moments, ça n’a plus d’importance. C’est comme si on m’avait donné une nourriture … qui suffit. Qui suffit même si elle n’est plus renouvelée, même si elle n’est plus redonnée, même si on ne sait pas très bien en quoi elle consiste. Il suffit peut-être d’avoir reçu cette chose, et de ne pas douter qu’elle a été donnée. De ne pas faire porter le doute là-dessus. De peut-être laisser tout le reste de la vie dans un grand tremblement, dans une fièvre dans une inquiétude — car je crois que l’inquiétude est bonne — mais de ne pas douter de ce tout petit point-là. Dès lors, en même temps qu’à l’amour, c’est à notre solitude, c’est-à-dire à notre liberté, qu’on s’est donné. Pour moi, les mots solitude et liberté sont pleinement équivalents.
Dialogue avec Christian Bobin –La Grâce de solitude
A travers les réflexions et les expériences personnelles des personnalités qui s’entretiennent avec M. de Solemne, cet ouvrage propose de redécouvrir la solitude, ce mode d’être singulier qui peut être vécu sur le mode de l’abandon ou de l’exclusion, qui peut être social, familial ou conjugal, mais impose un face-à-face avec soi-même plus souvent à l’origine de panique que de bien-être.
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- La Solitude dans l’extraordinaire ordinaire – Elektra Argyris
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