Pins et calligraphie

Un emblème de longévité de bon augure : Pins et calligraphie de Shen Zhou, issu de l’ancienne collection impériale des Qing

Shen Zhou (沈周 shěn zhōu, 1427-1509) est né au début de la dynastie Ming, au sein d’une famille de notables établie de longue date à Xiangcheng, près de Suzhou. Des générations de sa famille s’étaient consacrées à l’étude, à la poésie, à la calligraphie et à la peinture. En 1454, Wang Hu, préfet de Suzhou, recommanda Shen Zhou — alors âgé de vingt-huit ans — pour une charge officielle ; toutefois, ce dernier déclina poliment l’offre et choisit finalement de ne poursuivre ni la voie des examens impériaux ni celle d’une carrière administrative.

Distingué par sa piété filiale envers sa mère et par sa droiture, Shen devint un modèle de vertu parmi les notables locaux. De nombreuses figures de proue et disciples de l’école de Wu ayant succédé à Shen Zhou — tels que Zhu Yunming, Wen Zhengming, Tang Yin, Chen Chun et Wang Chong — se trouvèrent, d’une manière ou d’une autre, entravés par le système des examens impériaux et par des ambitions mondaines. Aucun ne possédait tout à fait cette aura de retrait du monde et de sérénité qui distinguait si nettement Shen Zhou.

Menant une existence paisible à la campagne, Shen ne quitta jamais les régions de Wu et de Yue au cours de sa vie. Néanmoins, sa réputation de vertu, d’érudition et de talent artistique se répandit largement grâce aux éloges d’amis proches tels que Wu Kuan, Li Yingzhen et Liu Jue. Il devint ainsi connu des lettrés-fonctionnaires de Nanjing comme de Pékin. Il est donc fort probable que Wang Shu (1416-1508), le destinataire de cette œuvre, ait fait la connaissance de Shen Zhou après son arrivée dans le sud en tant que préfet de Yangzhou en 1454. En 1468, Wang fut promu vice-ministre de la Justice (chargé de la gauche) et occupa plus tard le poste de ministre de la Guerre à Nanjing. Une amitié étroite et durable se noua entre les deux hommes au fil des décennies. Les écrits et poèmes rassemblés dans le recueil de Shen, le Shitian Ji, témoignent de cette amitié entre Wang et Shen.

L’œuvre Pins et calligraphie de Shen Zhou fut réalisée pour être offerte à Wang Shu. Au début du rouleau figurent quatre grands caractères en écriture de sceau tracés par Wen Zhengming, formant l’inscription « Shangshou zhi Zheng » (« Emblème de bon augure pour la longévité »). Ils précèdent une magnifique représentation d’un pin centenaire par Shen Zhou, qui se déploie sur toute la longueur du rouleau. Vient ensuite la calligraphie d’un poème de Shen intitulé Peindre un pin pour célébrer le Grand Ministre Wang de Sanyuan, œuvre également répertoriée dans le recueil Shitian Ji.

La section initiale de la peinture porte les sceaux de l’empereur Qianlong — notamment « Qianlong Yulan zhi Bao » (« Trésor examiné par l’empereur Qianlong »), « Shiqu Baoji » et « Yangxindian Jiancang Bao » — confirmant son inscription au catalogue impérial Shiqu Baoji. La présence de sceaux supplémentaires des empereurs Jiaqing et Xuantong atteste également de son statut de bien précieux au sein de la cour des Qing.

Selon le Catalogue des peintures et calligraphies offertes à Pu Jie (Shang Pujie Shuhua Mu) établi par Puyi, la dernière des trente-cinq œuvres offertes le 18 novembre correspond précisément à celle-ci.

Au milieu du XXe siècle, le rouleau a rejoint la collection de Chen Rentao (1906-1968), qui le chérissait par-dessus tout. Outre l’apposition de son sceau de collectionneur caractéristique — combinant formes carrée et ronde —, Chen a inclus cette œuvre dans plusieurs de ses catalogues publiés, témoignant ainsi de sa profonde admiration pour ce chef-d’œuvre.

Le rouleau est ensuite passé dans la collection de Cheng Qi (1911-1988), un résident du Japon, portant dès lors les sceaux de ce dernier. À la fin du rouleau figure un colophon de Cheng daté de 1986 ; il y présente l’œuvre avec enthousiasme et note avec satisfaction : « Un érudit célèbre et un homme d’État éminent : chacun a trouvé sa juste place. »

L’œuvre Pins et calligraphie de Shen Zhou figurait autrefois parmi les trésors célèbres de la collection impériale des Qing ; offerte par la suite à Pu Jie par l’empereur Xuantong, elle a quitté le palais au début du XXe siècle. Il a par la suite connu des décennies de déplacements et d’errance avant de refaire surface loin de son lieu d’origine. Durant de nombreuses années, il n’était connu que par sa présence à l’exposition « Chinese Paintings from Sung to Ch’ing » organisée par Chen Rentao. Il est aujourd’hui présenté au public pour la première fois depuis lors.


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