Le Poumon

Souffle d'automne, huile sur toile, Bill Inman

肺 fèi

Le poumon (肺者 fèi zhě) est considéré comme l’un des cinq organes pleins, et est associé au mouvement du métal.  Il est abondance et prospérité, marquant une certaine violence et impétuosité de la force vitale, qui s’exprime en se multipliant et reproduisant. Il lui faut mettre bon ordre dans cette puissance de prolifération, qui envahit le territoire jusqu’à ses extrémités.

Les poumons (肺 fèi) comparés à une canopée (林冠 lín guān) sont situés au point le plus haut de la cavité corporelle, ils protègent les autres organes et les préservent des agents pathogènes extérieurs. Cette image de canopée évoque également le parasol (华盖 huá gài) du carrosse d’un empereur ou d’un haut dignitaire, symbolisant ainsi la protection des poumons contre les intempéries. Situés dans la cage thoracique, les poumons occupent la position la plus élevée parmi les cinq organes internes, les recouvrant et communiquant directement avec le monde extérieur par la trachée, la gorge et le nez.

A ce titre, il est sensible, recevant tous les agents pathogènes externes, ce qui fait qu’il est concerné dans toutes les maladies infectieuses courantes (syndrome grippal, rhino-pharyngite, …).
Lorsqu’une énergie perverse interne (froid ou chaleur) provenant d’un autre organe le touche, il est facilement affecté. Il se comporte comme le fusible des viscères. Bien que sensible à tous les facteurs externes, il souffre particulièrement de la Sécheresse. Sa saison est l’automne.

Fonctions

Le poumon gouverne le souffle (肺主氣 fèi zhǔ qì ). Le caractère 氣 qì a ici deux significations : la première est le souffle, dans le sens de l’énergie respiratoire, qui est évidemment contrôlée par le poumon, la seconde est l’ensemble des souffles du corps. En effet, non seulement le poumon capte une partie du souffle externe venant de l’air, mais il reçoit le souffle des aliments, métabolisée par la rate et l’estomac.

L’association de ces deux souffles s’accumule dans la poitrine, sous la forme du souffle fondamental (宗氣 zōng qì). Zōng qì assure notamment la respiration et le rythme cardiaque. Par ailleurs, le poumon gouverne la circulation du souffle, il joue un rôle important dans l’équilibre des mouvements de montée, descente, intériorisation et extériorisation. De plus, son activité énergétique influence le mouvement du sang et des liquides organiques.

Son dysfonctionnement se traduit par des troubles respiratoires, de la dyspnée, l’inconfort de la poitrine; l’asthénie, une voix faible et un souffle court.

Le poumon gouverne la diffusion, la descente et la purification (肺主宣發肅降 fèi zhǔ xuān fā sù jiàng). La fonction de diffusion (宣發 xuān fā) s’applique notamment à différents aspects du qì, à l’essence des aliments et aux liquides organiques qu’il conduit jusqu’à la surface du corps, où il règle l’ouverture des pores de la peau. La notion de descente (降 jiàng) concerne principalement le souffle et les liquides organiques qui sont dirigés vers les reins qui les captent. La purification (肅 sù) concerne particulièrement l’air rejeté au moment de l’expiration et l’élimination des impuretés des voies respiratoires.

Son dysfonctionnement se traduit par le souffle du poumon qui remonte à contre-courant (toux, asthme, dyspnée), des perturbations du métabolisme des liquides et de la circulation du souffle et du sang.

Le poumon règle la circulation de la voie des eaux (肺通調水道 fèi tōng diào shuǐdào). On dit qu’il est la source supérieure de l’eau. Grâce à ses fonctions de diffusion, descente et purification, le oumon, en relation avec la rate et les reins principalement, participe au métabolisme des liquides organiques.

Son dysfonctionnement se traduit par une accumulation de mucosités ou de phlegmes, des edèmes.

Correspondances

Dans les émotions : la tristesse (悲 bēi) ou l’accablement (忧 yōu).

Son dysfonctionnement se traduit par la diminution de la résistance aux attaques émotionnelles, tristesse, mélancolie, anxiété.

Dans les liquides : les sécrétions nasales (洟 tì).

Son dysfonctionnement se traduit par une rhinorrhée claire et fluide en cas de foid ou de vide, épaisse et jaune en cas de chaleur ; un nez sec en cas de sécheresse.

Dans les tissus corporels: la peau et les poils (皮毛 pí máo).

Son dysfonctionnement se traduit par des pores de la peau dilatés, une transpiration spontanée, une facilité à attraper des syndromes grippaux en cas de vide de qì du poumon.

Dans les manifestations cliniques visibles : la voix (聲 shēng).

Son dysfonctionnement se traduit par un enrouement en cas de plénitude, ou une voix faible, éteinte en cas de vide; l’aphonie peut relever du vide ou de la plénitude.

Dans les ouvertures somatiques : le nez (鼻 bí).

Son dysfonctionnement se traduit par un nez bouché, la rhinorrhée, la perte d’odorat.

Le poumon est le premier ministre du cœur

Etre le premier ministre, c’est être le plus proche. Le poumon est le plus proche car il incarne le soufflet qui, dans le vide médian, entre ciel et terre, permet aux énergies de se condenser, de se transformer et de circuler. Sachant la relation entre vide médian et cœur, nous comprenons la proximité de ces deux organes.

Des exemples physiologiques de l’assistance apportée au cœur par le poumon, grâce à la régulation des rythmes qu’il assure, peuvent se trouver dans la régularité des battements du cœur, ou encore dans l’audience matinale, au cours de laquelle le poumon redonne la juste cadence à l’ensemble de tous les méridiens. Citer le méridien du poumon en tête des douze méridiens réguliers qui contrôlent la distribution du sang-et-souffles, lui reconnaît ce rôle régulateur sur l’ensemble.

Le poumon abrite l’âme corporelle

Le poumon est la résidence (處 chǔ) de l’âme corporelle (魄 pò), qui gère les entrées et les sorties, à commencer par la sortie dans la vie, impliquant une prise de forme du souffle qui nous est alloué à la conception. Si une partie de ce souffle n’est pas incarnée, pour une raison ou une autre, nous avons, associée à des troubles respiratoires, l’envie de tuer et/ou de mourir, comme si le souffle non utilisé se retournait, avec sa vocation de vie ou de mort, contre la personne.

Le poumon régule les cheminements des liquides

Une autre fonction des poumons réside dans le contrôle et la purification des liquides. Une partie des liquides qu’ils gèrent permet l’humidification de la peau et le phénomène de transpiration. Par le même mouvement, il se garde pur, clair et frais, car les liquides qui l’imprègnent (yin du poumon) sont perpétuellement renouvelés et dès qu’ils s’alourdissent, par usure, ils s’abaissent. C’est le 清肅 qīng sù du poumon, sa fonction de clarification par abaissement,

Le poumon contrôle le souffle défensif

Le poumon contrôle le souffle défensif (衛氣 wèi qì) qui circule surtout à la périphérie du corps pendant le jour et plus en profondeur la nuit. La thermo-régulation procède en partie de l’efficacité de wèi qì.

Protéger le yin

Le souffle 陽 yáng commence à stagner tandis que le souffle 陰 yīn amorce sa croissance. Il s’agit par conséquent de veiller à conserver le souffle vital et d’économiser les fluides organiques qui nourrissent le yīn.

  • Dans la vie ordinaire, il est préférable de dormir tôt et de se lever tôt et, lors des périodes de transition du début et de la fin de saison, de se couvrir en fonction des changements de climat et de température.
  • Le climat d’automne étant dans l’ensemble sec, il importe pour protéger le yīn de maintenir à l’intérieur de l’organisme une certaine humidité, ce qui exclut les nourritures échauffantes.
  • Les exercices doivent se conformer à la nature profonde de l’automne qui, dans tous les domaines, est la retenue, d’où le conseil de rester souples et modérés.
  • La santé mentale ne fait pas exception à la règle et les exercices physiques ou de méditations ne peuvent viser qu’à l’économie : retenir le souffle de l’esprit en favorisant la tranquillité, la quiétude et une attitude optimiste.

Le poumon est le maître des souffles

Le poumon est l’enracinement des souffles (氣之本 qì zhī běn), il dirige et rythme la respiration ainsi que les circulations ; ce qui en fait l’assistant du cœur et le maître du nez.

L’air inspiré par les poumons ne contient pas seulement de l’oxygène, mais aussi un souffle plus subtil : 清氣 qīng qì. D’autre part, le poumon reçoit de la rate l’essence des aliments. Cette énergie pure, transmise par la rate au poumon, dynamise le qì de l’air et se mélange à lui. Puis le poumon distribue ce qì provenant de la nourriture et de l’air dans le corps entier, assisté par le cœur et les reins.

Le souffle capté et distribué par les poumons est appelée souffle du ciel postérieur (後天氣 hòu tiān qì). A la différence du souffle prénatal des reins, ce souffle post-natal peut être augmentée, renouvelée. Nous comprenons ainsi combien la respiration joue un rôle important pour l’alimentation énergétique du corps, sa distribution et sa circulation.

Le poumon libère les souffles, réunis au milieu de la poitrine, pour les propager jusqu’aux frontières du corps : son éclat est aux poils (其華在毛 qí huá zài máo), sa profusion à la peau (其充在皮 qí chōng zài pí), parties de la structure corporelle animées du même mouvement que lui. Les limites de la diffusion et de l’expansion des souffles et de la forme corporelle sont posées par la peau, porteuse des poils. Elle retient la vitalité, en permettant la fructification. Les rythmes donnés par le poumon animent la respiration de la peau ; ouvertures et fermetures des pores bien gérées, empêchent la déperdition indue à l’extérieur des liquides, essences et souffles.

Les reins profitent de ce mouvement de retour à partir des frontières corporelles : ils captent la vitalité dans les profondeurs. Ils bénéficient aussi, en bas du tronc, du mouvement de pression exercé par le poumon sur les liquides, par en haut.

Le mouvement de l’automne

Le poumon est en libre communication avec les souffles de l’automne (通于秋氣 tōng yú qiū qì). Donner un coup d’arrêt et ramener vers l’interne est le mouvement propre de l’automne où l’on moissonne et engrange ; celui du métal, qui condense et exerce une pression qui ramasse et abaisse. Analogiquement, le poumon, placé en haut du tronc, surmontant, comme un dais, les organes internes, exerce sa pression sur les vapeurs chargées d’humidité. Condensés par ses soins, les liquides descendent jusqu’à la base du tronc, où ils passent sous le contrôle des reins et de la vessie.

Relations du poumon avec les autres organes

Diagramme des relations des cinq organes
Diagramme des relations des cinq organes

Cœur et Poumon

心和肺 xīn hé fèi

火克金
Le feu contrôle le métal
心主血 & 肺主气
Le cœur régit le sang et le poumon gouverne le souffle
心主血脉 & 肺朝百脉
Le cœur régit les veines et le poumon est le lieu de réunion des cent vaisseaux

Rate et Poumon

脾和肺 pí hé fèi

Les systèmes méridiens poumon et rate sont associés dans un même méridien unitaire 太阴  tài yīn

土生金
La terre engendre le métal
肺主气 & 脾生气
Le poumon gouverne le souffle et la rate le produit
肺司呼吸 & 脾主运化
Le poumon gère la respiration et la rate régit le transport et la transformation
肺主宣降, 脾主升清
Le poumon régit la diffusion et la descente, la rate régit la montée du pur
肺主通调水道, 脾主运化
Le poumon régit la voie de l’eau, la rate régit le transport et transformation
 脾为生痰之源 & 肺为贮痰之器
La rate est la source de formation des mucosités et le poumon les stocke

Poumon et Foie

肺和肝 fèi hé gān

金克木
Le métal contrôle le bois
肝主升发, 肺主宣降
Le foie régit la montée et l’élimination, le poumon régit la dispersion et la descente
肺主气, 肝藏血
Le poumon gouverne le souffle et le foie stocke le sang
肺藏魄, 肝藏魂
Le foie abrite les âmes spirituelles et le poumon les âmes corporelles

Poumon et Rein

肺和腎 fèi hé shèn

金生水
Le métal engendre l’eau
肺肾同源
Poumon et rein ont la même source
肺司呼吸, 肾主纳气
Le poumon gère l’expiration et le rein gère l’inspiration
肺主行水, 肾主津液
Le poumon régit les mouvements de l’eau, le rein régit les liquides
肺为气之主, 肾为气之根
Le poumon est le maître du souffle, le rein est la source du souffle
肺主气 & 肾藏精
Le poumon gouverne le souffle et le rein stocke l’essence
金生水
Le métal engendre l’eau
肺肾同源
Poumon et rein ont la même source
肺司呼吸, 肾主纳气
Le poumon gère l’expiration et le rein gère l’inspiration
肺主行水, 肾主津液
Le poumon régit les mouvements de l’eau, le rein régit les liquides
肺为气之主, 肾为气之根
Le poumon est le maître du souffle, le rein est la source du souffle
肺主气 & 肾藏精
Le poumon gouverne le souffle et le rein stocke l’essence

Ou va le qì réceptionné par les reins lors de la respiration?

Les reins gouvernent la réception du qì (腎臟主納氣 shèn zàng zhǔ nà qì). Cette expression signifie que lors du processus de la respiration, les reins reçoivent le qì du ciel inspiré par le poumon. La respiration se fait à l’aide de deux organes zàng : poumon et reins. Le méridien principal des reins quitte son organe pour traverser le diaphragme et retrouver l’organe poumon puis la gorge. A travers cette connexion, le poumon fait descendre le qì réceptionné et même « aspiré » par les reins.

La nature du qì de l’air est céleste, yáng. Il a tendance à monter, à se disperser. Pour aider le poumon à « dompter » le qì, le forcer à rentrer et descendre dans le système organique, les reins aident la descente du qì de l’air. Nà (纳) signifie « recevoir » mais aussi « faire entrer », « introduire », « maîtriser », « contenir ». Ces termes expriment bien l’idée que les reins ont pour mission de maîtriser le qì pour le faire entrer dans l’organisme et le contenir en bas. « Le poumon est le maître du qì, les reins sont la racine du qì. Le poumon gouverne la sortie du qì , les reins gouvernent la réception du qì. Yīn et yáng s’unissent mutuellement, la respiration est harmonieuse », (Lèi Zhèng Zhì Cái – Discernement thérapeutique par la classification des syndromes).

Cette dernière citation signifie que l’expiration dépend davantage du poumon et l’inspiration davantage des reins. Cette idée est d’ailleurs confirmée par la quatrième difficulté du Nán Jīng (Classique des difficultés) : « L’expiration sort du cœur et du poumon, l’inspiration entre par les reins et le foie ». Il est évident que le poumon est aussi important pour l’expiration que pour l’inspiration, mais les reins sont prépondérants pour cette dernière. « Le poumon fait sortir le qì, les reins font entrer le qì. Le poumon est le maître du qì, les reins mettent en réserve le qì », (Rén Zhāi Zhí Zhǐ Fāng – Indications justes des prescriptions de Ren Zhai).

Le poumon en inspirant l’air fait entrer le qì clair qu’il fait descendre vers les reins, les reins facilitent cette descente et réceptionnent le qì lui permettant de s’unir à l’ensemble de l’organisme. Le lieu où les reins réceptionnent le qì est appelé dān tián (丹田). « Les reins sont la racine du qì, aussi se rend-il aux reins, c’est la raison pour laquelle les reins reçoivent le qì (…) Le poumon se charge de la respiration, il gouverne l’entrée et la sortie du qì. (…) Les reins gouvernent la réception du qì, c’est pourquoi le dān tián est la mer inférieure du qì. Le poumon gouverne le qì, c’est pourquoi le centre de la poitrine est la mer supérieur du qì », (Yī Biǎn – Marchepied [pour accéder] à la médecine). « Le yáng qì suit l’inspiration et entre [à l’intérieur du corps], le yáng du ciel descend et entre sous le nombril au centre la mer du qì du dān tián », (Shāng Hán Lùn Qiǎn Zhù – Commentaires élémentaires sur le traité des lésions du froid). De nombreuses pratiques taoïstes intègrent des mouvements respiratoires où l’on visualise la descente du qì jusqu’au dān tián pour que le qì céleste vienne enrichir le qì originel dans le dān tián.

L’état du qì des reins est fondamental pour que la respiration soit régulière et fluide. Si le qì des reins est insuffisant, la réception du qì peut être perturbée provoquant des désordres respiratoires. On dit alors que « les reins ne reçoivent pas le qì » (腎臟不納氣 shèn zàng bù nà qì). Le qì ne pouvant descendre correctement tend à monter à contre-courant, provoquant de la dyspnée, de la toux chronique, de l’asthme avec beaucoup d’expiration et peu d’inspiration … La tradition affirme que lorsque les désordres respiratoires sont en relation avec le poumon, il s’agit de plénitude, alors que si les reins sont impliqués, il s’agit plutôt d’une situation de vide. C’est pourquoi il est dit au sujet des maladies respiratoires : « [En cas] de maladie débutante, [il faut] traiter le poumon, [en cas] de maladie longue (i.e. chronique), [il faut] traiter les reins ».

Philippe Sionneau

Laisser un commentaire